Interview avec Daniel MALTAIS, professeur associé à l’ENAP – École nationale d’administration publique

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 « … un groupe exceptionnellement intéressants par les fonctions qu’ils exercent »

Daniel MALTAIS, professeur associé à l’ENAP – École nationale d’administration publique

Quel rôle jouez-vous dans le déroulement de cette session ?

Je suis professeur associé à l’école nationale d’administration publique à Québec et je participe à ce programme offert aux administrateurs publics ivoiriens. J’ai été associé à sa conception mais aussi à l’animation d’un certain nombre de module. Il me revient aussi de recevoir les participants à la session  durant toute cette semaine à Québec.

Quels sont les objectifs de la session de Québec ?

L’objectif c’était de permettre aux administrateurs publics ivoiriens de faire connaissance avec l’administration publique québécoise sur un certain nombre de thèmes. Il ne s’agit pas de leur présenter des exemples ou encore de prétendre que nous avons toujours des réponses à des questions qui se posent. Pas du tout, mais de montrer les questions qu’on se pose ici, de montrer les réponses qu’on tente de trouver ou qu’on a déjà trouvées à ces défis qui se posent dans l’administration publique québécoise dans différents secteurs, que ce soit dans l’éducation, que ce soit en santé ou que ce soit sur l’administration publique numérique, etc.

Et donc, ils ont eu l’occasion d’entendre et aussi de questionner. À eux d’apprécier s’ils ont trouvé l’apprentissage intéressant. Mais je peux déjà vous dire que dans leurs commentaires, des conférenciers ont dit avoir été eux-mêmes, intéressé par les questions qui leur ont été posées et je suis assez content de constater qu’il a eu des rapprochements entre certains participants et certains de leurs vis-à-vis au Québec. Cela veut dire que peut être dans certains cas ça ira plus loin, qu’il y aura des ententes, des collaborations qui seront un peu plus importants.

Sinon nous avons travaillé des cas un peu comme ce que l’on fait à Abidjan, mais encore une fois, c’était une prise de contact pour les Ivoiriens avec la réalité québécoise et la réalité de l’administration publique québécoise.

Comment appréciez-vous la mise en œuvre de ce programme ?

C’est le genre de programme qu’on offre souvent ici, à l’ENAP. Ce qui est une première fois, c’est ce partenariat que nous avons avec l’école de Côte d’Ivoire, MDE Business School. C’est une école qui, je pense, est très présente au niveau de la gestion des entreprises. Ces dirigeants nous ont demandé de les épauler parce qu’ils ont voulu développer un programme pour les administrateurs publics. Nous avons été très contents de dire oui, parce que nous sommes une école d’administration publique et c’est exceptionnel qu’on travaille en partenariat avec une école comme MDE. Nous sommes très heureux parce que de toute évidence, les choses fonctionnent bien, et si les choses fonctionnent bien, c’est à cause d’un certain nombre de personnes avec qui nous avons eu très rapidement du plaisir à travailler. Comme c’est une première, il fallait réfléchir à quest-ce qu’on fait. Et il fallait évidemment s’assurer que ce soit un succès parce qu’on ne peut pas faire d’une première un échec. Sinon il n’y a pas de répétitions.

Tout cela s’est très bien passé, je pense qu’on s’est bien compris. J’aimerais saluer le fait que nous les Québécois et vous les Ivoiriens nous sommes capables d’établir très rapidement des relations de confiance, de travailler hardiment dans la bonne humeur. Je pense aussi que nous sommes capables de s’expliquer mutuellement de s’ajuster mutuellement et en ce sens-là les choses ont été très agréables.

Certes, c’est une première, mais la façon dont les choses s’annoncent, on espère que ce n’est pas une dernière. Ça me semble être assez porteur comme expérience et j’ai bien l’impression que les autorités de l’école ont bien envie de reproduire cette expérience, pourquoi pas dans un autre pays africains.

Le contact avec les administrateurs ivoiriens vous a certainement permis de vous faire une idée de la façon dont les choses se font en Côte d’Ivoire. Quelle idée faites-vous de cette administration ?

J’ai un certain nombre de convictions, je les ai partagés dès le départ avec les participants. Et une de mes convictions, c’est que je ne connais pas de pays développé qui a une administration publique sous-développée. Ça n’existe pas.  Souvent, on laisse entendre que les administrations publiques font partie du problème, moi, je prétends qu’une administration publique dans un pays comme chez vous, fait partie de la solution. Le développement d’un pays est une question d’entreprises, entrepreneuriat, etc. C’est aussi une question d’une administration publique qui doit être rigoureuse, professionnelle avec une bonne expertise. Je ne pars pas du point de vue que votre administration n’a pas ces qualités, mais comme on peut toujours s’améliorer, je pense que la participation de ces hauts fonctionnaires à ce programme est la conviction qu’on peut toujours s’améliorer en essayant d’apprendre notamment sur ce qui se passe ailleurs.

Cette conviction est très importante pour moi, sinon je pense que ça ne vaut pas le coup de s’investir autant. Je n’ai pas de jugement à porter sur l’administration publique ivoirienne, je ne la connais pas ou très peu. Seulement, nous avons travaillé avec des participants ivoiriens et sur cette base, je suis obligé de vous dire et je le répète, c’est un groupe exceptionnellement intéressant par les fonctions qu’ils exercent, par les expériences très variés qu’ils ont. En ce sens, ici sont des sources d’apprentissage entre eux, parce qu’ils ont l’occasion d’échanger. Moi aussi, j’apprends des choses sur la Côte d’Ivoire, qui me ramène à une époque assez lointaine. Nous d’ici, lorsqu’on regardait l’Afrique francophone, on disait que ceux qui sont en avance se sont la cote d’ivoire et le Sénégal. Pour des évènements qu’on n’a pas besoin de relater ici, on a eu l’impression à un moment donné que la cote d’ivoire faisait un peu du sur place. Là, je suis obligé de reconnaître que la Côte d’Ivoire est vraiment bien repartie. Vous avez sur le plan économique une situation qui s’améliore, il y a tout lieu de penser que l’administration publique a pu, de toute sorte de manière, contribuer à cette croissance. Je suis assez confiant. Je dis tout le temps aux participants aux programmes qu’on peut parler des heures et des heures de changements de systèmes de ce qu’on voudrait voir évoluer plus globalement, mais je le plus important est qu’il faut commencer par soi. Et tous ceux qui sont ici ont tout ce qu’il faut pour commencer à améliorer les choses à leur niveau. Et on peut imager que si on multiplie ces actions de changement par 10 par 20 par 25 ou par 35 personnes, parce que c’est le nombre de participants ici, au fil des ans, on va effectivement commencer à voir l’impact sur l’administration publique. Non pas juste au niveau des discours, mais au niveau des pratiques.

David Ya Koffi, Journaliste à Fraternité Matin.

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